jeudi 6 mars 2008

Jour J, suite (écrit le lendemain)

Nous sommes maintenant jeudi matin, 6 h. Après bon nombre de petits dodos, où à mon réveil je regardais mon ordinateur avec fort peu d’intérêt (mille excuses), me voilà bien éveillée. Je reprends donc mon récit du Jour-J, en ordre chronologique.

Nous nous sommes éveillés vers 4 h (trop tard pour le jus de pomme… maudine) On nous attendait pour 7 h à l’hôpital et le trajet est d’un peu moins d’une heure par beau temps. Il ne neigeait pas. Nous avons décidé de ne pas courir de risque et de partir au plus tôt. (Oh la sage décision que ce fut !) J’ai donc pris ma deuxième douche et fait mon autre shampoing à la solution de Betadyne et de shampoing de bébé. Message à Suzanne, co-propriétaire du gîte : j’aime mieux le shampoing que tu mets à notre disposition.

Après environ vingt kilomètres, il se met à neiger. Une neige légère, qui ne dure que quelques kilomètres. C'est vraiment vers Beaupré que ça se gâte, à environ 40 km de l’hôpital. J'ai su jeudi que la neige avait commencé à tomber sur la ville de Québec même vers 4 heures. Une neige folle, poussée par un vent fou, des rafales de 95 kilomètres heure, avons-nous su. La visibilité est extrêmement mauvaise et les lignes blanches se cachent. Heureusement, nous sommes pratiquement seuls sur la route, à 5 h 30, ce n’est pas surprenant. Roger s’endort un peu et me demande de prendre le volant pour les dix dernières minutes environ. JE N’AI PAS FRÔLÉ DE MUR DE BRIQUE, C’EST ABSOLUMENT FAUX.

Évidemment, comme chaque fois, nous nous trompons un peu et manquons l’édifice de stationnement mais finissons par y arriver. Hier il nous fallu descendre jusqu’au 7e étage souterrain, aujourd’hui nous trouvons une place tout près de l’entrée.

Nous sommes à 6 h 10 à l’U.S.A., l’unité des soins ambulatoires. Au début, on nous avait dit que je serais opérée et repartirais dans la journée. Roger avait dit : on ambule, ils t’opèrent, et on déambule.

Au poste de garde, on nous informe gentiment que l’unité n’est pas encore ouverte. Une infirmière est au téléphone. De toute évidence, un programme d’urgence est en marche : elle appelle tout le personnel pour vérifier qui pourra venir, qui en sera incapable et qui peut remplacer. Avec un sourire, elle appose un OK rouge sur quatre noms. C’est la semaine de relâche à Lévis, donc les substituts doivent d’abord « caser » leurs enfants avant de venir. Par ce temps.

Heureusement, nous comprenons qu’il y a aussi des patients qui appellent pour se décommander. Pas nous, pas nous.

Vers 7 h 15, ça commence. Avez-vous pris votre douche ? Avez-vous bien lavé vos cheveux deux fois avec la solution qu’on vous a donnée et du shampoing de bébé ? Êtes-vous bien à jeun ? Déshabillez-vous, voici votre jaquette. Voici 2 Tylenol (hein, du Tylenol ? c’est sous anesthésie générale, cette opération, non ?) Me voilà étendue sur une civière. Une infirmière vient vérifier que je suis prête à partir.

– Êtes-vous nerveuse ?
– Mettez-en !
– Êtes-vous contente ?
– Oh oui !
– C’est votre fête, aujourd’hui. Bonne fête !

(Note aux amis de France : non, elle ne me menace pas, «ça va être votre fête », elle me promet une fête, l’opération attendue.

En fait, je suis moins nerveuse, maintenant. L’opération n’est plus ce concept sombre et inquiétant. Je suis engagée dans l’action, dans la normalité des choses.

Premier petit tour de civière, stop pour un baiser à Roger, puis en ascenseur, vers le bloc opératoire. On me change de civière, en me faisant glisser sur une couverture, comme un meuble. L’infirmier de l’U.S.A. me quitte en me souhaitant lui aussi « bonne fête ». J’aime vraiment bien cet hôpital.

Me voilà dans la salle d’opération. Pour vous qui n’en avez jamais visité, c’est pas mal comme à la télé. Les gens parlent de neige, on rit. C’est rassurant.

Il y une différence de température marquée, il fait froid dans une salle d’opération. On place sur moi une couverture chaude, j’entends qu’elle a été réchauffée. Je demande la raison de la différence de température, on m’explique que c’est contre les microbes et aussi pour le confort du chirurgien, qui souvent travaille fort au point d'avoir très chaud durant l'opération. Nous tombons d’accord que le confort du chirurgien est de toute première importance… surtout pour la personne opérée.

Le Dr Ferron vient me saluer. Il me dit bonjour d’un ton qui montre qu’il se souvient qu’il m’avait assuré que nous nous reverrions.

–Comment allez-vous?
–Moi, ça va bien, mais le plus important, c’est vous, Docteur. Comment allez-vous ? Êtes-vous en forme? Avez-vous bien dormi cette nuit?
Il sourit (mais je note bien qu’il ne me répond pas - hum) me tapote la main et s’en va. Il passera à côté de moi à quelques reprises et chaque fois, me touchera brièvement la main, le bras, d’un geste rassurant.

Quelqu’un pose une aiguille dans mon bras. « C’est pour le soluté », dit-il. Je me dis que la prochaine fois que le Dr Ferron passera, je lui dirai ????????? Et puis, j’ouvre les yeux, et je réalise que j’ai un tube dans la bouche, et que je suis dans une autre salle, que je reconnais immédiatement comme une salle de réveil. Vous le saviez, vous, que c’était d’une telle instantanéité ? Je ne me souviens même pas d’avoir fermé les yeux.

Je fais un inventaire prudent. Aucune confusion, je suis consciente, orientée, c’est clair. Je sens que ma tête est grosse, au sens de volumineuse, je bouge un peu le cou, ça va. La grande question, est-ce que ça fait mal ? Comme je l’ai écrit au début, à peine. Les orteils ? Les genoux ? Les mains ? Tous présents à l’appel. Je n’en reviens tout simplement pas. C’était vraiment JUSTE ÇA ?

2 commentaires:

Suzanne a dit…

C'est bien d'avoir pensé de faire quelque photos pour la réalité de l'évènement , puisqu'à la voir , à part le pansement , on ne pourrait pas dire que c'est une femme qui sort d'une opération....

Suzanne a dit…

Message de prompt rétablissement de la part de ma belle-soeur Carolle, que tu peux retrouver en lien sur mon blog.... C'est celle que Roger trouvait difficile à photographier, mais qu'il bien réussi avec Jasmine dans ses bras.....