lundi 10 mars 2008

Jour-J+1, rédigé les 8 et 9

Mais pas une bonne nuit. La chambre est à côté du poste de garde, la porte est vitrée, on n’éteint pas dans le corridor, le bip-bip des cloches d’appel des patients résonne sans cesse, parfois sans arrêt pendant une trentaine de secondes. On va, on vient. J’ai fermé l’appareil de l’oreille non opérée donc le bruit ne me dérange pas, mais Roger n’a pas cette chance (!). Vers 3 h, l’infirmier de nuit vient se présenter, vérifier mes signes vitaux, tout le kit. J’aurais pu attendre pour faire sa connaissance. Vers 4 h, comme il ne neige plus, Roger a une insurmontable attaque de bougeotte et retourne au gîte, où il sait qu’il retrouvera, sans avoir à le réveiller, l’autre Roger qui se lève toujours très tôt pour s’occuper du déjeuner de ses hôtes.

À 5 h 30, je ne peux plus dormir non plus, je me remets à l’écriture.

Vers 7 h 30, la résidente passe, défait mon pansement, examine et nettoie la plaie, refait le pansement. Je peux partir, dit-elle. Je regrette un peu beaucoup de n’avoir pu voir le Dr Ferron pour le remercier et lui poser quelques questions (voir autre message – et non, ce n’est pas ce à quoi je pensais dans la salle d’opération avant de m’engouffrer dans l’anesthésie, ça, je ne l’ai jamais retrouvé).

Bon, mais j’ai faim. Vers 8 h 15, déjeuner mou. Du gruau, Élisabeth, du gruau (la seule mention du mot « gruau » fait frissonner Élisabeth de dégoût – moi, j’aime bien). J’essaie d’appeler Roger du téléphone de la chambre pour lui dire de venir me chercher mais je n’entends rien. Je demande à l’infirmière où je pourrais me servir de mon cellulaire pour appeler mon mari. « Mais vous n’avez qu’à me donner le numéro et je vais l’appeler pour vous, Madame », me répond-elle, surprise.

Je fais mes bagages. J’écris un peu. Je parle avec la femme de mon compagnon de chambre en attendant Roger. Dans les prochains jours, je découvrirai qu’un implant cochléaire est à au plus deux degrés de séparation de la plupart des gens que nous rencontrons (« ma voisine » ou bien « la belle-soeur de ma coiffeuse » – à part des gens qui en ignorent tout et ne comprennent absolument même pas le concept de la chose).

On me prévient que « le chauffeur de Mme Dion monte la chercher ». Hi. Bye bye chambre 9557A.

Roger descend les bagages, je dois passer à l’audiologie ramasser les formulaires qui me serviront à demander un remboursement de mes dépenses (voyage, hébergement et repas, encore merci de m'aider avec vos impôts). En chemin, je me rends tout à coup compte que je ne sais pas où est l’appareil auditif de l’oreille opérée. Je reviens sur mes pas, fais des recherches. Je rebrousse précipitamment chemin en arrivant à l’étage de l’imagerie magnétique : j’ai bien en tête les recommandations reçues, je ne peux plus subir de scans (à moins qu’au préalable on enlève chirurgicalement l’aimant de mon implant, pas précisément une Bonne Chose), je ne dois même pas être dans la même pièce qu’un appareil d’imagerie magnétique. Je fuis.

Bon, pour mon appareil, je devrai rappeler. Je sors de l’hôpital, j’attends Roger, pendant quelques minutes, je ne reconnais pas la voiture, dont la couleur bleue est invisible sous sa pelure d’hiver. Nous retournons au gîte. Nous nous arrêtons en chemin pour manger. Roger informe le serveur que sa femme vient d’être opérée pour avoir une oreille bionique. Le serveur le regarde d’un air un peu incrédule, il ne comprend pas. Tout son visage manifeste son absence absolue d’intérêt.

C’est la vie ordinaire. J’ai, pour l’instant, moins le sentiment d’un miracle et plutôt l’impression d’une première étape vers… vers je ne sais trop quoi. Je ne veux pas trop espérer. Je n’ai absolument pas le sentiment d’euphorie qui avait accompagné chacun de mes accouchements – oui, je sais que cette euphorie est partiellement hormonale. Pour l’instant, j’en suis encore à une fatigue de lendemain de veille. Un peu bobo, un peu légers, très légers problèmes d'équilibre, je chambranle légèrement vers la droite.

Remise de la partie externe de l’implant le 14 avril, programmation pendant deux semaines à Québec, réadaptation trois fois par semaine les semaines suivantes, à Saint-Jérôme. À quel moment le miracle deviendra-t-il vraiment ma nouvelle réalité ? Je ne sais pas.

1 commentaire:

Suzanne a dit…

C'est vrai que le côté le plus inquiétant pour le moment serait vraiment le déséquilibre, mais tout sera dans l'ordre bientôt .....